Ces derniers temps, je suis tombé sur deux livres qui résonnent profondément avec mes questionnements actuels. « Le manuel pour cultiver des relations authentiques » de Geneviève Krebs et « Reprends le pouvoir sur ta santé » de Loïc Ternisien. Deux ouvrages différents, mais qui se rejoignent sur un point essentiel : la qualité de nos relations détermine notre bien-être.

Ça fait plusieurs mois que je réfléchis à ma manière d’être en lien avec les autres. Et je dois dire que cette réflexion a été exacerbée par plusieurs expériences personnelles (comme ma retraite de Ngondro) qui ont nourri le besoin d’introspection face à une quête de sens dans un monde actuel aux tendances chaotiques et malmenantes, parfois éprouvantes

  
 Sommaire de l’article

Le masque de l’adaptation
Le paradoxe de l’authenticité retrouvée
➝  Toutes les relations ne se valent pas
➝  Apprendre à dire non aux relations toxiques
➝  Accepter l’évolution naturelle des relations
➝  Entre sociabilité et solitude
➝  Des liens vivants, pas des obligations
➝  L’authenticité comme chemin, pas comme destination

Le masque de l’adaptation

Pendant longtemps, j’ai appris à m’adapter. À faire bonne figure. À mettre des masques pour préserver la paix ou ne pas déranger. J’ai parfois retenu ce que je pensais vraiment, modifié ma manière de parler, de me montrer, pour coller à ce qu’on attendait de moi… ou du moins ce que je croyais qu’on attendait.

Ce réflexe, je l’ai énormément utilisé dans ma vie personnelle, notamment dans certaines relations amoureuses et amicales. Il m’a progressivement éloigné de ma spontanéité, de ma franchise, de ce qui fait que je me sens juste avec moi-même. J’ai développé une forme d’hyper-adaptation, presque inconsciente, qui s’activait automatiquement dès que je sentais une tension ou un désaccord possible.

Le problème avec ce type de fonctionnement, c’est qu’à force de retenir l’expression de ce que l’on pense ou ressent, il arrive un moment où l’explosion surgit pour libérer un état de trop-plein.

Et même si cette stratégie m’a permis de maintenir certains liens en apparence, elle m’a aussi profondément épuisé. Pire encore, elle m’a fait perdre de vue mes propres repères. Qui étais-je vraiment quand je n’arrêtais pas de me moduler selon mon interlocuteur ?

En parlant de modulation, je ne fais pas allusion aux moyens que nous avons aujourd’hui pour nous aider à mieux communiquer, que ce soit par le biais du canal de la personne (visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif) ou par l’application des principes de la communication non violente (CNV).

Quoi qu’il en soit, l’idée n’est pas de retrouver la version de moi-même antérieure qui avait cette fâcheuse tendance à la franchise brutale et à l’action spontanée, parfois un peu directe et tranchante, qui n’était pas de tout repos pour l’entourage. Mais plutôt de me focaliser sur les aspects essentiels, les valeurs et tout ce qui fait que je suis Jordan, avec une identité propre et une personnalité qui peut toujours être améliorée, sans pour autant me trahir ni m’oublier.

Le paradoxe de l’authenticité retrouvée 

Aujourd’hui, je redécouvre une autre manière d’être : plus authentique, plus fidèle à mon rythme naturel, à mes vrais besoins. C’est libérateur. Mais cette authenticité retrouvée vient aussi avec son lot de questions concrètes, parfois inconfortables.

Faut-il toujours tout dire ? Faut-il exprimer chaque désaccord, chaque malaise, même minime ? La franchise absolue est-elle toujours souhaitable, ou peut-elle parfois devenir une forme de violence déguisée en honnêteté ?

Cela me rappelle la discussion que j’ai eue avec Santa, ma plus « vieille » et précieuse amie, rencontrée lors de mes années d’enfance passées en Corse. J’ai apprécié son regard concernant la communication et la franchise dans les relations, qui demandent de trouver l’équilibre entre la diplomatie et la sincérité pour respecter l’autre et soi-même, sans nier ce que l’on pense ou ressent.

Et puis il y a cette autre question, encore plus délicate : faut-il demander des explications lorsqu’une distance s’installe dans une relation ? Pendant longtemps, j’ai eu ce besoin quasi viscéral de comprendre, de clarifier, d’avoir des réponses. Quand un ami devenait moins présent, quand les échanges s’espaçaient, j’avais besoin de savoir pourquoi. Était-ce quelque chose que j’avais fait ? Dit ? Était-ce une phase temporaire ? Une fin définitive ?

Ce besoin de tout comprendre était rassurant, d’une certaine manière. Il me donnait l’illusion d’un contrôle sur la situation. Mais il était aussi épuisant, pour moi comme pour les autres. Il cachait quelque chose de plus profond, un schéma ancré en moi, avec lequel je devais travailler pour trouver la paix. Pas seulement dans mes relations, mais aussi intérieurement.

Toutes les relations ne se valent pas

Loïc Ternisien écrit quelque chose qui m’a frappé : « Toutes les relations ne se valent pas. » C’est une évidence, et pourtant, combien de fois ai-je maintenu des relations par habitude, par culpabilité, ou simplement par peur du vide ?

Dans notre société, on valorise la quantité. On accumule les contacts, on collectionne les « amis » sur les réseaux sociaux. Comme si le nombre faisait le bonheur. Mais au fond, qui reste vraiment quand on a besoin de soutien ? Qui répond à nos appels dans les moments de doute et de fragilité ?

L’auteur rappelle cette vérité fondamentale : mieux vaut une relation forte que cent contacts superficiels. Les personnes qui nous entourent vraiment, celles qui ont un cercle social réduit mais authentique, sont souvent plus heureuses et en meilleure santé que celles ayant un large réseau superficiel.

Ce n’est pas une question de quantité, mais d’investissement émotionnel. Avoir quelqu’un qui vous comprend, qui vous écoute sans jugement et qui est là pour vous dans les moments de vulnérabilité vaut infiniment plus que cinquante connaissances superficielles.

Toutes les relations ne se ressemblent pas. Chacune a sa forme, son histoire. Et toutes ont leur importance à différents moments de la vie. Pour Geneviève Krebs, il existe 5 types d’amitiés : les amis d’enfance, les amis de passage, les amis proches, les amis à distance et les amis virtuels. À cela, nous pourrions également ajouter les collègues de travail, les voisins et les fameuses connaissances.

Apprendre à dire non aux relations dissonantes 

Savoir qu’il existe des relations qui nous élèvent, et d’autres qui nous épuisent est une chose, les vivre en est une autre. Loïc Ternisien parle de relations toxiques, que je préfère qualifier de dissonantes : celles qui laissent une empreinte de fatigue, qui nous vident plus qu’elles ne nous nourrissent, qui transforment chaque échange en exercice mental épuisant.

Ces relations créent une tension permanente. On ne sait jamais à quoi s’attendre. Ce stress constant fatigue le système nerveux, active les défenses du corps, augmente le cortisol. C’est épuisant.

Alors, comment identifier une relation nuisible ? L’auteur propose quelques questions essentielles :

  • Ressentez-vous une fatigue mentale après chaque échange ?
  • Avez-vous l’impression de marcher sur des œufs en sa présence ?
  • Ressentez-vous des sentiments de culpabilité injustifiés après lui avoir parlé ?
  • Cette relation vous tire-t-elle vers le haut ou vous épuise-t-elle ?

Si plusieurs de ces critères s’appliquent à une relation dans votre vie, il est peut-être temps de prendre du recul. Mais n’oublions pas à quel point les relations sont complexes. Elles sont parfois influencées par nos expériences passées, nos croyances et tout ce qui compose notre histoire personnelle et nos schémas inconscients. De ce fait, une relation qualifiée de dissonante peut également devenir une « enseignante », afin de mieux comprendre nos fonctionnements, de nous pousser dans nos retranchements pour explorer nos blessures profondes ou encore de nous accompagner dans la prise de décisions importantes.

Accepter l’évolution naturelle des relations

Aujourd’hui, j’apprends à lâcher prise sur certaines zones floues. Je me rends compte que parfois un lien s’est distendu naturellement, simplement parce que les chemins ont pris des directions différentes. Parce que les centres d’intérêt évoluent. Parce qu’on ne se reconnaît plus autant qu’avant dans ce que l’autre est devenu. Tout cela décrit une notion chère à la voix du Bouddha-Dharma : l’impermanence.

Grâce à cela, je commence à me dire : c’est OK.

En lâchant ce besoin intense de vouloir contrôler en souhaitant une explication, j’apprends à respecter le choix qui s’impose en écoutant et respectant ce que je ressens, sans pour autant aller à l’encontre. C’est donc par l’expérience de l’évolution des relations, l’analyse des rencontres passées et actuelles, que j’ai mieux compris la notion d’impermanence, et comment elle peut aider à faciliter le sentiment d’acceptation et de lâcher prise.

Loïc Ternisien raconte son expérience : il est parti dix ans loin de la France. Il a vécu ça de plein fouet. Certaines relations ont résisté au poids du temps et de la distance. D’autres, en revanche, se sont dissoutes doucement, sans heurts, sans conflits, mais avec ce pincement au cœur que l’on ressent quand quelque chose d’important s’efface.

Le plus dur, ce n’est pas de voir une relation s’éteindre. C’est de l’accepter. Accepter que certains liens appartiennent au passé. Accepter que l’effort ne puisse pas toujours venir d’un seul côté. Accepter qu’une relation qui n’est plus nourrie peut se transformer en souvenir.

Ces liens peuvent peut-être se reconstruire un jour. Ou pas. La clé, c’est d’avancer sans attente. Garder la porte ouverte, mais sans s’accrocher à ce qui a été.

Dire les choses après coup ne répare pas toujours. Forcer une explication ne ramène pas forcément la connexion. Parfois, vouloir tout clarifier à tout prix, c’est juste refuser d’accepter qu’une relation se termine. Qu’elle change.

Entre sociabilité et besoin de solitude

Je ne me considère pas nécessairement comme quelqu’un de sociable au sens où on l’entend habituellement, mais je possède une nature sympathique, ouverte, qui attire naturellement les rencontres. Les personnes me parlent facilement. Je crée du lien assez spontanément.

Le paradoxe, c’est que je reste profondément quelqu’un d’indépendant, qui a un réel besoin de solitude, de calme, de temps pour moi, à deux avec mon fiancé ou avec de petits groupes d’amis. Cela ne m’empêche pas de participer à de grands rassemblements, de répondre à des sollicitations régulières (professionnelles et personnelles) ou d’essayer d’être relativement disponible. Sur ce dernier point, j’ai encore des efforts à fournir. En m’octroyant des temps de ressourcement, je peux parfois me rendre moins réactif qu’attendu, moins disponible que ce que ma sociabilité de surface pourrait laisser croire.

Des liens vivants, pas des obligations

Ce que je sais aujourd’hui avec certitude, c’est que je n’ai plus envie de forcer les choses. Je ne veux plus maintenir des relations sous pression, par culpabilité ou par peur de décevoir. Je ne veux plus fonctionner par devoir social ou par norme relationnelle.

Je souhaite que les liens qui restent dans ma vie soient vivants, souples, nourrissants. Pour moi comme pour l’autre. J’ai envie qu’ils puissent respirer, qu’ils puissent traverser des moments de creux sans que cela signe leur fin, qu’ils puissent évoluer sans se briser.

Faire le tri, ce n’est pas être égoïste. C’est un acte d’amour envers soi-même, comme le dit si justement Loïc Ternisien. C’est aussi accepter que certaines personnes fassent partie d’un chapitre de notre vie et pas nécessairement du livre entier. L’éloignement n’est pas toujours un échec, mais une évolution naturelle.

J’ai envie de rester vrai dans mes relations, même si cela ne correspond pas toujours aux attentes habituelles de réactivité, de présence constante, de sociabilité conventionnelle.

L’authenticité comme chemin, pas comme destination

Je ne suis pas parfait. Loin de là. Je fais des erreurs, j’oublie parfois de prendre des nouvelles de personnes qui comptent pour moi. Je ne trouve pas toujours les bons mots au bon moment. Il m’arrive encore de me replier sur moi-même au lieu de communiquer clairement.

Mais je suis en chemin vers plus de clarté dans mes intentions, plus de conscience dans mes relations, plus de cohérence entre ce que je ressens et ce que j’exprime.

Et je crois que c’est déjà une belle étape. L’authenticité n’est pas un état parfait qu’on atteindrait un jour, où tout serait fluide et transparent. C’est un chemin qu’on arpente, avec ses doutes, ses hésitations, ses ajustements constants.

C’est accepter d’être imparfaitement soi. Être vrai, mais pas brutal. Présent, mais pas constamment disponible. En lien avec les autres, sans se perdre soi-même.

Au fond, cultiver des relations authentiques, c’est peut-être juste ça : accepter qu’on soit tous imparfaits. Accepter les contradictions, les besoins qui changent, les moments où on a besoin de distance et ceux où on se rapproche.

Comme on fait le tri dans nos affaires, on peut aussi le faire dans nos relations. Ce n’est pas de l’égoïsme. C’est reconnaître que notre temps et notre énergie ne sont pas illimités. C’est s’autoriser à repousser ce message qu’on attend depuis des semaines, à renouer avec cette personne qu’on apprécie mais qu’on n’a pas vue depuis longtemps, à dire « Je pense à vous », « Vous comptez pour moi », « Merci d’être là ».

Parce que, en fin de compte, ce sont ces liens-là qui donnent du sens à notre existence.